Les matériaux qui structurent les projets neufs et les réhabilitations lourdes ne sont plus ceux d’il y a dix ans. La montée en exigence de la RE2020, combinée à l’article 39 de la loi Climat et Résilience qui imposera une part minimale de matériaux biosourcés ou géosourcés dans la construction neuve d’ici 2030, redessine la palette technique disponible pour les architectes et les bureaux d’études.
Bétons géopolymères et liants alternatifs : la fin du tout-Portland
Le ciment Portland reste le liant le plus consommé dans le BTP, mais sa substitution partielle par des liants géopolymères issus de déchets de chantier fait l’objet d’une structuration industrielle en France. Le projet de recherche Géoliant, porté par NGE, vise précisément à industrialiser un béton bas carbone à base de liant géopolymère dérivé de résidus de démolition.
A voir aussi : Quels sont les inconvénients d'un chauffe-eau solaire ?
L’enjeu n’est pas seulement climatique. Ces liants alternatifs (cendres volantes, laitier de haut fourneau, argiles calcinées) modifient les propriétés rhéologiques du béton frais et son comportement au jeune âge. Nous observons que les temps de prise et les résistances à court terme diffèrent sensiblement de ceux d’un béton CEM I classique, ce qui impose d’adapter les cadences de coulage et les rotations de banches sur chantier.

A lire également : Comment fonctionne un récupérateur de chaleur ?
La durabilité à long terme de ces formulations fait encore l’objet de travaux. Les retours sur des ouvrages exposés à des cycles gel-dégel ou à des environnements sulfatiques restent limités. C’est un point que les maîtres d’ouvrage doivent intégrer dans leurs analyses de cycle de vie avant de prescrire un béton géopolymère en structure.
Bois lamellé-croisé (CLT) en rénovation lourde : au-delà de la construction neuve
Le CLT est bien identifié pour les bâtiments neufs de moyenne hauteur. Ce qui change, c’est son déploiement dans la rénovation lourde de bâtiments existants, notamment pour des surélévations ou des renforcements structurels où l’acier serait trop lourd pour les fondations en place.
La légèreté du panneau CLT, rapportée à sa capacité portante, permet d’ajouter un ou deux niveaux sur un immeuble des années 1960 sans reprendre les semelles de fondation. Nous recommandons toutefois une attention particulière au traitement des interfaces bois-béton existant, qui génèrent des ponts thermiques et des risques de condensation si le pare-vapeur n’est pas continu.
Isolants biosourcés associés au CLT
Le couplage CLT et isolants biodégradables (fibre de bois, ouate de cellulose, paille compressée) gagne du terrain dans les cahiers des charges de rénovation performante. Ces isolants affichent des performances thermiques comparables aux laines minérales, avec un déphasage thermique nettement supérieur, ce qui améliore le confort d’été sans recourir à la climatisation.
- La fibre de bois en panneau rigide se pose en isolation par l’extérieur (ITE) sur des façades en CLT ou en maçonnerie, avec une tenue mécanique suffisante pour recevoir un enduit.
- La ouate de cellulose insufflée convient aux combles et aux doublages intérieurs, mais exige un contrôle strict de l’hygrométrie pour éviter le tassement dans le temps.
- La paille compressée, utilisée en remplissage d’ossature, offre une résistance thermique élevée pour une épaisseur contenue, à condition de respecter les règles professionnelles de la construction paille.
Matériaux de façade en architecture moderne : composites et métaux recyclés
Les panneaux composites aluminium-polyéthylène dominent les façades ventilées depuis deux décennies. La tendance actuelle pousse vers des composites à âme minérale (type A2-s1,d0) qui répondent aux exigences incendie renforcées après plusieurs sinistres sur des bardages combustibles en Europe.
Parallèlement, l’utilisation de métaux recyclés en façade (acier Corten, zinc pré-patiné, laiton) ne relève plus du geste architectural ponctuel. Ces matériaux s’intègrent dans une logique d’économie circulaire portée par la réglementation. L’acier Corten, par exemple, forme sa propre couche protectrice d’oxyde et ne nécessite ni peinture ni traitement de surface, ce qui réduit les coûts de maintenance sur la durée de vie du bâtiment.
Durabilité et vieillissement des façades composites
Le choix d’un matériau de façade se juge sur trente ans, pas sur le rendu du jour de la livraison. Les panneaux HPL (stratifié haute pression) résistent bien aux UV et conservent leur teinte, mais leur découpe génère des poussières fines qui imposent des protections spécifiques en atelier. Les panneaux en terre cuite émaillée, plus lourds, offrent une stabilité chromatique remarquable et un bilan carbone favorable quand la production est locale.

Réemploi de matériaux de construction : une filière qui se structure
Le réemploi dépasse le stade expérimental. Des plateformes de diagnostic ressources avant démolition se développent pour inventorier les éléments réutilisables (poutrelles acier, briques pleines, menuiseries bois, dalles de pierre) avant le curage d’un bâtiment.
La difficulté technique réside dans la requalification structurelle des éléments. Une poutrelle IPE récupérée sur un chantier de démolition doit faire l’objet d’essais mécaniques et d’un contrôle de corrosion avant d’être réintégrée dans un ouvrage neuf. Les bureaux de contrôle commencent à formaliser des protocoles, mais il n’existe pas encore de cadre normatif unifié en France.
- Les briques pleines anciennes, après nettoyage et tri dimensionnel, retrouvent un usage en parement ou en cloison non porteuse.
- Les menuiseries bois massif, quand les sections le permettent, sont recalibrées et reposées avec des quincailleries neuves.
- Les pierres de taille calcaires, issues de déconstructions patrimoniales, alimentent des chantiers de restauration où la pierre neuve de même origine géologique n’est plus extraite.
La loi Climat et Résilience, couplée aux obligations de diagnostic PEMD (produits, équipements, matériaux, déchets), accélère cette structuration. Le réemploi devient un levier réglementaire, pas seulement un choix éthique. Les architectes qui intègrent ces matériaux dès la phase esquisse gagnent en cohérence sur le bilan carbone global de l’opération, tout en répondant aux attentes croissantes des maîtres d’ouvrage publics sur les marchés à clause environnementale.

