Faiences Henriot Quimper : reconnaître les vraies des copies

On tombe sur un plat marqué « Henriot Quimper » dans une brocante, le vendeur annonce un prix ferme, et la seule question qui compte à ce moment-là : est-ce une pièce authentique ou une copie ? La réponse ne se trouve pas dans le décor visible, mais presque toujours au revers de la pièce. Les faïences Henriot Quimper sont copiées depuis bien plus longtemps qu’on ne le croit, et les imitations ne viennent pas uniquement d’ateliers récents.

Copies anciennes de Malicorne et Desvres : le piège que personne ne signale sur l’étiquette

Le réflexe classique consiste à opposer « vrai ancien » et « faux récent ». Sur le terrain, la difficulté est ailleurs. Dès le XIXe siècle, des centres faïenciers comme Malicorne et Desvres ont copié les décors quimpérois, notamment les personnages bretons et les motifs floraux typiques.

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Ces pièces ne sont pas des contrefaçons grossières. Elles utilisent des techniques similaires, un émail stannifère comparable, et reprennent fidèlement les sujets emblématiques. Un plat à décor de Breton en costume traditionnel, provenant de Malicorne dans les années 1880, peut ressembler trait pour trait à une production Henriot de la même époque.

La différence se joue sur trois points :

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  • La marque au revers, qui mentionne le centre de production (Pouplard-Beatrix pour Malicorne, par exemple, ou Fourmaintraux pour Desvres) – à condition qu’elle soit lisible.
  • La forme du pied et le profil de la pièce, qui varient d’une manufacture à l’autre même quand le décor est identique.
  • La teinte du tesson visible en cassure ou sur les éclats d’émail : chaque centre utilise une terre locale dont la couleur diffère légèrement.

On se retrouve donc face à trois catégories distinctes : l’original Henriot, l’imitation ancienne d’un autre centre, et la reproduction moderne. Les confondre revient à comparer des objets qui n’ont pas la même valeur ni la même histoire.

Comparaison de trois faïences Quimper dont une originale Henriot, une ancienne et une copie moderne sur une table en chêne

Marques et signatures Henriot : ce que le revers révèle vraiment

Retourner la pièce est le premier geste. Mais encore faut-il savoir quoi chercher. Les marques Henriot ont évolué sur plusieurs périodes, et c’est cette évolution qui permet de dater et d’authentifier.

Avant 1922, on trouve souvent les initiales « HB » (pour la Grande Maison HB, l’un des deux grands ateliers quimpérois). Après 1922, le nom complet « Henriot Quimper » apparaît, parfois accompagné de « France ». Les pièces postérieures à 1968 portent des marques plus standardisées, avec parfois des codes numériques.

Une signature manuscrite légèrement irrégulière est un bon signe sur les pièces anciennes. Elle indique un travail au pinceau, pièce par pièce. Les copies modernes affichent souvent une régularité suspecte, proche du tampon ou de la sérigraphie.

Attention à un piège fréquent : une pièce marquée simplement « Quimper » sans nom de manufacture ne garantit rien. Ce marquage générique se retrouve sur des productions diverses, y compris des séries touristiques sans lien avec la faïencerie Henriot.

Annotations manuscrites et traces de pernettes

Au-delà de la marque principale, les experts examinent les annotations manuscrites au revers : numéros de modèle, initiales du peintre, indications de série. Ces détails, rarement reproduits sur les copies, constituent un faisceau d’indices solide.

Les traces de pernettes (ces petits supports utilisés lors de la cuisson) laissent des marques caractéristiques sur l’émail du dessous. Leur forme et leur disposition varient selon les fours et les époques. Sur une copie industrielle, ces traces sont absentes ou artificiellement imitées.

Décor peint à la main sur faïence Henriot : les détails qui départagent

Le décor est ce qu’on voit en premier, mais c’est paradoxalement l’indice le moins fiable pris isolément. Les motifs bretons (petit Breton, petite Bretonne, scènes de la vie rurale, décors à la touche) sont reproduits partout depuis plus d’un siècle.

Ce qui distingue une pièce Henriot authentique peinte à la main, c’est la combinaison de plusieurs caractéristiques :

  • Des couleurs vives mais avec de légères variations d’intensité d’une zone à l’autre, signe du passage du pinceau.
  • Des contours de personnages qui ne sont jamais parfaitement symétriques : un bras légèrement plus haut, un trait de visage décalé.
  • Des coups de pinceau visibles sous l’émail, avec parfois de minuscules reliefs à la surface.
  • Un décor qui « vit » avec la forme de la pièce, adapté à la courbure du plat ou du bol, pas plaqué comme un transfert.

Les reproductions par transfert ou décalcomanie donnent un résultat trop uniforme. Les couleurs sont homogènes, les traits identiques d’une pièce à l’autre. Sur un lot de bols touristiques, chaque exemplaire est le clone du précédent. Sur un lot Henriot ancien, chaque pièce présente de légères différences qui témoignent du travail individuel du peintre.

Antiquaire breton examinant à la loupe le cachet d'une faïence Henriot Quimper pour en vérifier l'authenticité

Expertise en main ou sur photo : les limites à connaître

On voit de plus en plus de demandes d’estimation par photo, en ligne ou sur les réseaux sociaux. Cette approche a ses limites, et les professionnels le confirment. La manufacture Henriot-Quimper elle-même renvoie vers des commissaires-priseurs spécialisés pour toute expertise de pièces anciennes, et ne réalise pas ce travail en interne.

L’expertise en main reste plus fiable qu’une estimation sur photo, parce qu’elle permet d’évaluer la sonorité de la pâte (une faïence ancienne sonne différemment d’une reproduction récente), la texture de l’émail et les détails du revers que la photographie ne restitue pas correctement.

Les retours varient sur la fiabilité des estimations à distance : certaines pièces bien photographiées sous plusieurs angles permettent un avis raisonnable, mais pour trancher entre un original et une copie ancienne de Malicorne, le contact physique avec l’objet fait souvent la différence.

Pour une pièce qui semble avoir de la valeur, le réflexe le plus sûr reste de consulter un commissaire-priseur spécialisé en céramique bretonne, avec la pièce en main. Les catalogues anciens de la faïencerie Henriot, quand ils sont accessibles, permettent aussi de recouper les formes et les décors avec les séries documentées.

Avant d’acheter en brocante ou en ligne, prendre systématiquement des photos du revers complet, des éventuels éclats (qui révèlent la couleur du tesson) et du décor en gros plan. Ces trois éléments croisés donnent déjà une bonne base pour demander un avis éclairé.

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